3 février 2012

Article paru sur SOFOOT : Les Madoff du covoiturage

En Franche-Comté, les franches engueulades entre la Ligue régionale et les arbitres se succèdent depuis quelques mois. Plus précisément, depuis que le président de la commission des finances de la Ligue a parlé d’ « escroquerie » pour qualifier le comportement de certains arbitres adeptes du covoiturage et des frais de déplacement individuels. Un tacle appuyé qui a provoqué la colère des hommes en noir. Qui menacent la seconde partie de saison d’une grève du sifflet. Bisbilles à deux francs (comtois) ou véritable malaise des arbitres amateurs ? Explications. 

Les Madoff du covoiturage ?

Il y a parfois des mots qui peuvent faire aussi mal qu’un coup de crampons mal placé. La saison 2011-2012 avait pourtant bien commencé, en Franche-Comté, pour le football amateur. Sans phénomène de violence majeur à déplorer. Une situation appréciable que savaient savourer ceux qui possèdent un peu de mémoire locale. Car ces dernières saisons, de temps à autre, du côté de Sochaux, Besançon, Saint-Vit et Pontarlier, les esprits avaient pris la fâcheuse habitude de s’échauffer à l’approche des frimas hivernaux. En octobre 2006, plusieurs agressions avaient ainsi poussé le corps arbitral, soutenu par la ligue, à se mettre en grève le temps d’un « week-end blanc ». Rebelote à la fin de l’automne 2007. L’affaire eut même les honneurs de la presse nationale, Libération racontant ces « Terrains minés pour les hommes en noir ».

Mais en 2011, foi d’observateurs dominicaux, l’état d’esprit semblait correct. « Tout se passait bien sur le terrain », résume Sébastien Moreira, arbitre professionnel de Ligue 1 et 2 et président de l’antenne franc-comtoise de l’amicale française des arbitres de football (AFAF). Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des stades. Sauf que… Aujourd’hui, la quasi-totalité des arbitres de niveau régional, une cinquantaine d’hommes en noir, remontés comme des coucous, se sont mis en indisponibilité pour la reprise du championnat, fin février. Les matchs de DH, de ligue régionale 2 et 3 sont directement concernés.

« Escroquerie » et « discours populiste »

La raison de leur mécontentement ? Petit rappel des faits, pour ceux qui ne lisent pas assidûment l’Est républicain ou Le Pays. Le 4 novembre dernier, lors de l’assemblée générale de la ligue, Daniel Bourlier, président de la commission des finances, commence à expliquer qu’il faut faire attention aux dépenses. Entre autres gaspillages, cet ancien inspecteur divisionnaire des impôts en vient aux frais d’arbitrage. L’occasion de fustiger le fait que trois arbitres puissent faire du covoiturage et envoyer ensuite chacun une note de frais. Un système dont profiteraient certains. Le dirigeant va même jusqu’à parler d’ « escroquerie ». Sur le coup, le discours sur la chasse au gaspi est bien reçu par l’Assemblée, où sont représentés quelque 300 clubs – ce sont eux qui paient les indemnités des homes en noir. Mais le lendemain, la reprise du terme « escroquerie » dans la presse locale fait bondir les arbitres. Ils demandent des excuses publiques. « Le sujet a été lancé comme ça, sans explication et très maladroitement », déplore Sébastien Moreira, qui dénonce un « discours populiste ». S’il veut bien débattre du sujet du covoiturage « sur le fond », il tient à rappeler que le phénomène ne concerne qu’une minorité de déplacements. Et estime que les bases du débat ont été mal posées : « Il faut savoir que ce n’est pas un simple remboursement kilométrique, ce sont des frais de déplacement. Cela inclut le temps que l’arbitre passe pour le match. Quel que soit le moyen de locomotion, l’arbitre va toucher la même chose. S’il prend – j’exagère – l’avion ou le taxi, s’il dépense de l’argent et que ce qu’on lui donne ne le rembourse pas, tant pis pour lui, c’est son problème. S’il fait 50 bornes à vélo pour aller arbitrer, il aura aussi le droit à ses frais de déplacement… »

En France, les arbitres amateurs touchent des indemnités d’équipement fixés par la Ligue – 39 euros par match pour un arbitre central en DH franc-comtoise – auxquels s’ajoutent des frais de déplacement variant selon la distance les séparant du lieu du match – un peu plus de 30 centimes au kilomètre. Partager une bagnole est pour certains un moyen de faire des économies, tout en ne voyageant pas seul. « Ce qui fait la grosse différence, pour certains matchs, ce sont les frais de déplacement. Parfois, j’arrive à toucher 90 euros, rien que pour l’essence », raconte un jeune arbitre du nord de la France qui préfère rester anonyme. Si le covoiturage est une pratique légèrement borderline, elle est tolérée : « C’est quelque chose qui reste officieux. Après, les clubs nous voient arriver dans une seule bagnole, donc ils savent. » Et le jeune arbitre d’ajouter : « Je ne me considère pas comme un escroc. Je ne pense pas que ce sont les dépenses des arbitres qui sont les plus importantes pour la Ligue. Et quand on voit les primes de matchs qu’offrent certains clubs amateurs à leurs joueurs… » Et puis partager une caisse, ça casse la solitude, quand il s’agit d’enchaîner les longs déplacements : « On dit qu’on ‘tourne’ ensemble. Le voyage passe plus rapidement, c’est plus sympa. »

Plaintes pour diffamation et injure publique

Du côté de la Franche-Comté, sympa n’est peut-être pas l’adjectif adéquat pour décrire l’ambiance. Depuis les déclarations fracassantes de novembre, Noël est passé par là et les esprits ne se sont pas calmés dans une Ligue où les relations entre dirigeants et responsables de l’arbitrage sont souvent houleuses. Plusieurs plaintes individuelles ont été déposées au pénal contre Daniel Bourlier pour diffamation et injure publique. L’AFAF s’est fendue d’une plainte collective au civil. Les arbitres, qui souhaitent la démission du président de la commission des finances de la ligue, exigent des excuses. Ils pourraient attendre encore longtemps. Car Daniel Bourlier, à la ligue depuis une vingtaine d’années, ne veut pas revenir sur ses propos. Sans pour autant arriver à chiffrer le manque à gagner lié au covoiturage. Contacté par So Foot, l’homme s’est montré intarissable sur le sujet au téléphone. Tout en souhaitant que la conversation reste off. Il attend une table ronde prévue pour le 4 février, où la question sera évoquée entre les différents protagonistes de la polémique. Roland Coquard, le président de la ligue, a consenti de son côté à dire aux médias locaux qu’il n’aurait pas employé le terme d’ « escroquerie ». Mais les dirigeants voient surtout dans cette polémique une manœuvre politique pour tenter de les déstabiliser, alors que les élections de la Ligue se tiendront en octobre prochain.

A 42 ans, Christophe Torres est contrôleur à la SNCF la semaine. Le week-end, il chausse les crampons pour aller arbitrer les matchs de division d’honneur de Franche-Comté. Et il se défend d’être manipulé par qui que ce soit – « c’est trop facile de dire ça, de la bêtise pure ». Depuis 1988, le sifflet est comme un prolongement de son corps. « Je suis arbitre de ligue depuis le 1er janvier 1991 et j’officie sur les matchs de DH depuis 16 ans. Étant arbitre central, je vais de temps en temps chercher en voiture des assistants. Je n’aurais jamais pensé en arriver là », explique-t-il en référence à sa mise en indisponibilité jusqu’à la fin de saison qu’il a envoyée à la ligue. Entre les frais de déplacement et les frais d’équipement, Christophe Torres se fait « en moyenne, 70 euros par match ». L’argent n’est donc pas sa motivation, lui parle plutôt d’ « une passion ». « J’ai eu des cas d’agressions physiques, on m’a déjà craché dessus, j’ai donné sans compter, j’y ai passé mes week-ends, entre les matchs à arbitrer, les jeunes à superviser. La vie de famille, je l’ai mise entre parenthèses pendant dix ans. »

Chute des vocations sur les terres de Michel Vautrot

Sébastien Moreira estime que cette attaque contre les arbitres "fraudeurs" risque d’avoir des effets néfastes sur les vocations, en chute libre depuis plusieurs années. « En 1992, il y avait 1 100 arbitres en Franche-Comté, maintenant ils ne sont plus que 500 (niveau ligue et district confondus, ndlr)», constate-t-il. Un comble au pays de Michel Vautrot, l’une des figures les plus illustres de l’arbitrage français. Toujours est-il qu’à vouloir faire des économies, la Ligue de Franche-Comté risque au final de se retrouver dans la position de l’arroseur arrosé. Car les arbitres franc-comtois ont décidé de comparer leurs indemnités aux autres régions. Résultat : ils se situent parmi les moins bien indemnisés des 22 Ligues en France. Un sujet de plus qui risque donc de s’inviter à la table ronde du 4 février.

En attendant, les hommes en noir ne devront pas trop compter sur le soutien des Verts. Paradoxal, quand on sait que le covoiturage est une attitude green friendly prônée par le parti de Cécile Duflot et Eva Joly. Alain Fousseret, vice-président du conseil régional de Franche-Comté et élu EELV chargé des questions de transport et de multi-modalité, pas trop porté sur le sport, ne « voit pas trop l’intérêt de commenter ce conflit. » « Maintenant, si un jour, hors conflit, vous abordez la problématique des PDE – plan de déplacement des équipes – avec l’organisation des déplacements en covoiturage pour aller aux matchs, alors là… ».


SOFOOT Par Yann Bouchez

2 février 2012

Michel Vautrot : « Il y a un côté parano assez hallucinant ! »

Avec son habituel franc-parler, le mythique arbitre franc-comtois, Michel Vautrot, revient sur le conflit qui oppose actuellement les hommes en noir à la Ligue de Franche-Comté. Accrochez vos ceintures !

Il faut bien plus qu’une opération chirurgicale, dont il est seulement en train de se remettre dans la quiétude de son domicile bisontin, pour étouffer la fougue de Michel Vautrot.
L’ancien arbitre international et Directeur Technique National (*) n’a jamais mâché ses mots. Ce n’est donc pas aujourd’hui, alors que les arbitres francs-comtois ont décidé de se mettre en grève fin février (**), que le « grand » va dégainer la langue de bois. La preuve.
Michel Vautrot estime que le conflit actuel fait d’abord mal au football régional

Michel, avez-vous été consulté par les arbitres concernant le litige qui les oppose actuellement à la Ligue de Franche-Comté ? Et si tel est le cas, les comprenez et soutenez-vous ?

Vous savez, je suis toujours président d’honneur de l’Afaf (Amicale Française des Arbitres de Football), et j’ai forcément toujours gardé la fibre arbitrale. Je suis toujours solidaire d’eux, en tout cas quand je trouve que c’est normal. Alors oui, sur cette affaire, je suis vraiment derrière eux. Ils ont vraiment souffert moralement suite à l’AG de la Ligue. Ce qui me navre, c’est que ça devient une affaire d’État qui n’aurait jamais dû exister. Je ne veux juger personne, seulement constater des faits. D’abord, le mot « escroquerie » n’est pas un mot malheureux qui a échappé, il était au contraire mûrement réfléchi et préparé. Je veux bien qu’on aborde le problème des indemnités de déplacement, mais de là à jeter les arbitres en pâture devant les clubs lors de l’AG… On sait déjà que ce n’est pas la catégorie la plus aimée dans le milieu du football ; on dit que l’on ne peut pas faire sans eux, mais c’est toujours la catégorie la première visée. Et il n’y avait vraiment pas besoin de mettre de l’huile sur le feu. Ils ont voulu dénoncer une pratique, soit. Je suis bien placé pour en parler, j’ai lourdement payé par le passé pour avoir dénoncé des magouilles. Mais il fallait régler ça en interne, pas lors de l’AG et encore moins ensuite par journaux interposés.

Il y aura justement une table ronde organisée samedi à Besançon par Roland Coquard, le président de la Ligue…

(Il coupe) Mais à quoi elle va servir, franchement, cette table ronde ? Dites-le moi ! Premièrement, je trouve dommage que le président n’ait pas mis un bémol tout de suite, lors de l’AG, aux propos tenus, car cette intervention de M. Bourlier n’était pas anecdotique. Et maintenant, il organise cette table ronde. Moi, franchement, si j’avais été directement concerné et invité, je n’y serais pas allé. N’est-ce pas tout simplement au comité directeur de la Ligue de régler ce problème ? Il y a des gens élus pour diriger l’arbitrage et le football dans notre région, non ? Ça veut dire quoi, que les élus de la Ligue ne sont pas compétents pour régler ça ? C’est le comité directeur qui devait se charger du problème en recevant les arbitres, et en leur répondant. Point.

Et sur le fond ? Quel est votre avis sur les indemnités touchées par les trois arbitres alors qu’ils n’utilisent qu’une seule voiture ?

Si nos arbitres de ligue gagnaient de l’argent, franchement, ça se saurait. Ce système, il existe depuis tout le temps, et ce sur l’ensemble du territoire. Je tiens à préciser que ce ne sont pas des frais de déplacement qui sont versés, mais une indemnité, une sorte de forfait qui comprend tout, y compris le repas, les péages, etc. Qu’est-ce qu’on va faire ? Demander à un arbitre qui est cheminot d’y aller en train pour faire des économies ? Et si le moteur de la voiture pète, qui va payer ? Bref, désormais, notre Ligue se décide à laver plus blanc que blanc, et je dis pourquoi pas. Mais jusqu’à maintenant, aucune règle ne dit que c’est interdit. Or, le terme utilisé, « escroquerie », signifie qu’il y a des tricheurs. Et que s’il y a des tricheurs, ils doivent être punis. Mais punis de quoi ? Non, vraiment, on ne peut pas attaquer toute une corporation comme ça, et surtout pas faire de telles généralités. Surtout qu’en Franche-Comté, nos arbitres comptent parmi les moins bien payés de France. Et ce sont les clubs qui paient après tout, ç’aurait été à eux de rouspéter s’ils trouvaient ça anormal. Encore une fois, le système est fait comme ça. S’ils veulent le changer, qu’ils le fassent, mais au final ça leur coûtera encore plus cher !

Du côté des opposants, on estime que cette « affaire » est le premier coup d’une partie d’échecs, avec en ligne de mire les prochaines élections pour la présidence de la Ligue prévues cette année. Pouvez-vous l’imaginer ?

Mais pas du tout ! C’est même grave de penser ça. Il y a un côté parano assez hallucinant ! Sébastien Moreira, qui défend les arbitres, évolue en Ligue 1 actuellement. Vous pensez qu’il veut devenir président de la Ligue ? Franchement, c’est prendre les arbitres pour des cons de lancer ça. S’ils connaissaient mieux le tissu de l’arbitrage, ils verraient que ce sont des personnes qui ont des responsabilités professionnelles et sportives, des personnes sensées, calmes qui sont montées au créneau. J’ai senti un vrai malaise chez eux. On accuse certaines personnes de manipulation… pfff… Ils ont tout faux, avec un grand F. Je pense par exemple à Claude Ravier, qui est un gentleman, un type constructif qui occupe un poste à responsabilités au Conseil Général du Doubs. Ou à Bernard Coutet, la sagesse faite homme. Comment peut-on faire une si mauvaise analyse ? Il ne faut pas s’étonner que ça dégénère.

Comment sortir rapidement, et la tête haute, de cette crise ?

Déjà, je pense que c’était une erreur de la part des arbitres de demander la démission de Daniel Bourlier. C’était franchement malvenu, et ce n’est plus le cas. Non, il y a deux options, mis à part cette table ronde qui ne sert à rien : soit il s’excuse de ses propos, soit il les maintient. S’il s’excuse, on en tirera les conclusions, s’il les maintient, alors les arbitres se détermineront sur la marche à suivre. La solution est d’une simplicité biblique. Les arbitres ont été traités de tricheurs sans que l’on donne tous les tenants et aboutissants. Alors à mon avis, s’il n’y a pas d’excuse, ça ne bougera pas.

Quel peut être votre mot de la fin, en attendant la suite des événements ?

Tout simplement : ça me fait de la peine. L’arbitrage franc-comtois est une école, mais on ne le voit jamais mis en valeur. La CRA (Commission Régionale de l’Arbitrage) fait un boulot énorme par exemple… Malheureusement, il y a encore cette affaire, qui a pris des proportions énormes. Et qui fait du mal à notre football.
* Il a été écarté par les instances sportives de la FFF en 2003 pour avoir dénoncé une affaire de corruption.
** Après une intervention de Daniel Bourlier lors de la dernière AG de la Ligue dénonçant des arrangements au niveau des frais arbitraux, parlant notamment « d’escroquerie », les arbitres de ligue ont décidé de se mettre « en disponibilité » fin février, c’est-à-dire au moment de la reprise des championnats. Et ce jusqu’à la fin de la saison..

Le Pays

26 janvier 2012

La Ligue de Franche-Comté fait un premier pas vers l’apaisement

La décision des arbitres de niveau régional de se mettre « en indisponibilité » à partir de fin février, date de la reprise des championnats, fait forcément grand bruit du côté de la Ligue de Franche-Comté (voir nos précédentes éditions). L’une des doléances des hommes en noir était la suivante : que leurs représentants (outre les présidents des commissions départementales et régionale, déjà invités) soient eux aussi conviés à la table ronde organisée le samedi 4 février prochain à Besançon.
Or, hier en fin de journée, la Ligue de Franche-Comté a publié un communiqué, qui constitue un premier pas vers la résolution du conflit : « Des reproches ont été émis suite à l’absence d’invitation aux représentants des arbitres de ligue. Si une lettre a bien été remise au président de la ligue, par M. Ravier, lors d’un conseil d’administration à Besançon et dans les conditions que l’on connaît, il convient de préciser qu’aucun nom de représentant ou de responsable n’apparaissait sur le document remis. Ce dernier est émargé « les arbitres de Ligue de Franche-Comté ». Aujourd’hui, la presse locale cite les noms de MM. Gaume, Torres et Ravier. Ces trois arbitres, selon leurs déclarations, seraient les porte-parole des arbitres de ligue. De fait, toujours dans un souci de démarche de progrès et de dialogue, le président de la Ligue invitera officiellement MM. Gaume et Torres à se joindre aux personnes déjà conviées à la réunion de concertation planifiée le 4 février prochain, ainsi que M. Moreira en sa qualité de président de la section régionale de l’AFAF (M. Ravier étant déjà invité en sa qualité de président de la CDA du district Doubs Sud/Haut Doubs) ». Contacté dans la foulée, Loïs Gaume commentait cette décision : « C’est une nouvelle qui va dans le bons sens, même si elle n’améliore pas les choses. On ira à la table ronde, on ira discuter. Mais tant qu’on n’obtiendra pas ce qu’on demande, il n’y aura pas de reprise pour nous fin février ».

Huseyin Ocak à l’assaut de l’Europe

Arbitre assistant en Ligue 1 depuis moins de quatre ans, Huseyin Ocak, issu du club de Villars-sous-Écot, poursuit sa progression en s’ouvrant les portes de l’Europe dans les prochains mois. Le résultat d’une progression fulgurante.
L’arbitrage franc-comtois sous sa meilleure facette : illustration. Troisième ligue française au niveau des résultats des meilleurs sifflets tricolores, la Franche-Comté détient une nouvelle vitrine.
Dans le sillage du Bisontin Sébastien Moreira, arbitre central en Ligue 1, Huseyin Ocak vit lui aussi un rêve éveillé. Son bonheur, ce jeune arbitre de 30 ans l’a trouvé à la… touche, là où les projecteurs sont un peu plus éloignés. Un choix assumé et motivé par des débuts qu’il a plutôt mal vécus. « J’ai commencé l’arbitrage à 18 ans, en 1999. J’arbitrais en district (NDLR : Montbéliard à l’époque) ». L’histoire a failli tourner court. « En 2001, je ne prenais vraiment plus de plaisir, c’était compliqué et j’ai vraiment pensé tout arrêter ». La meilleure réponse aux quolibets du dimanche a été cette annonce, en 2004, de la filière « assistants » préparée par Michel Vautrot, alors directeur national de l’arbitrage. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, une nouvelle vocation va naître. « Ça m’a permis de me retrouver directement en DH, dans un environnement plus agréable » explique-t-il.
Huseyin Ocak, à la gauche de Sébastien Moreira, l’arbitre central franc-comtois qui officie en Ligue 1, a été nommé arbitre assistant international

De la DH en Ligue 1… en deux ans

Son plaisir rejaillit sur ses performances. L’ascenseur n’attend pas. Promu arbitre assistant fédéral 3 dès sa première saison, Huseyin se retrouve en National, en compagnie d’un certain Sébastien Moreira, qu’il a suivi jusqu’à présent et avec lequel il officie assez souvent en Ligue 1. « Avec Sébastien, c’est forcément plus facile, car il y a surtout un lien d’amitié qui nous unit ». Une montée directe en Ligue 2 plus tard, et le voilà déjà aux portes de l’élite en 2008. « Les six meilleurs assistants montaient en Ligue 1. J’ai fini septième, mais il y a eu un désistement. J’ai eu de la chance… ».
La belle histoire ne s’arrête pas là. Son premier match en Ligue 1, vécu du côté de l’Abbé Deschamps pour un Auxerre - Nantes est avalé avec délice. « Je vous assure, ça m’a marqué, parce que c’était la première fois. Pour un passionné comme moi, se retrouver dans un grand stade, c’était quelque chose ». Trois saisons suivent. Elles se déroulent sans anicroche, mais avec quelques moments cocasses. Antonetti par exemple ? « Oui, il m’a marqué aussi… C’était un jour à Drancy, en Coupe de France. À la mi-temps, il gueulait dans son vestiaire, j’avais l’impression qu’il était à un mètre de moi. C’est quelqu’un de bien, un bon mec qui dit les choses » confesse le Franc-Comtois, qui a accueilli dernièrement une autre bonne nouvelle.
Classé parmi les meilleurs arbitres assistants (NDLR : 12 e, mais dans les faits 9 e après de nouveaux désistements) lors de la dernière saison, le voilà nommé arbitre assistant international. En clair, les matches de Coupe d’Europe sont bientôt pour lui. « Pour cette saison, c’est mort logiquement. Mais à partir de juillet, quand les groupes seront faits, je pourrai commencer l’Europa League ». Une belle fierté pour l’intéressé, qui reste pragmatique. Toujours le sourire aux lèvres, il image : « En fait, je n’ai qu’un CDD d’un an. Cet écusson international, je veux le garder, mais les résultats sont renouvelables chaque année ». Il n’y a pourtant pas de raison que cette belle histoire prenne fin.

Le Pays

Claude Marthey réagit

En écho aux articles publiés hier dans nos colonnes concernant le mouvement de contestation des arbitres francs-comtois, Claude Marthey, qui est entraîneur de L’Isle/Doubs mais également l’un des responsables des éducateurs de la région, a tenu à donner son point de vue, notamment par rapport à la position du président de Ligue, Roland Coquard.
Claude Marthey explique ne pas comprendre pourquoi, ni les arbitres à l’origine directe du mouvement de « grève », ni un représentant des éducateurs ne sont invités à la table ronde du 4 février prochain.
« Si on voulait faire de la provocation, on ne s’y prendrait pas autrement, lance-t-il.
En plus du président de la ligue, 25 personnes sont invitées à cette « table ronde » et, sur ces 25 personnes, il n’y a qu’un arbitre en activité, en plus invité en tant que président de CDA (Commission Départementale de l’Arbitrage). Et aucune représentation officielle de la famille des arbitres. Imagine-t-on une table ronde sur le prix du pain sans la présence du syndicat des boulangers ? Non ! Mais le président Coquard, lui et ses amis, oui ! Mieux, alors que les éducateurs et entraîneurs sont étroitement en contact avec les arbitres pendant les matches, ils sont totalement évincés de cette table ronde, et à qui demandera-t-on d’arbitrer et de se débrouiller pendant les rencontres et bien ce sera aux éducateurs. Je ne demande pas à ce que ce soit moi qui sois invité au titre des éducateurs, même si je pense venir malgré tout à la réunion, mais au moins le président de l’amicale… En tout cas, il est facile d’allumer le feu, de l’entretenir par fierté déplacée ou par susceptibilité exacerbée et après « débrouillez-vous » ! ».

Le Pays

24 janvier 2012

Réaction du président de Ligue

Le président de la Ligue estime que cette fronde des arbitres est peut-être le premier coup d’une partie d’échecs électorale.


Daniel Bourlier en a visiblement gros sur le cœur. Hier, il n’a pas voulu s’étendre sur cette affaire, lançant juste : « S’ils ont des problèmes avec moi, ce n’est pas la peine qu’ils mettent tous les clubs en difficulté ». Son président, Roland Coquard, est lui bien plus bavard.
Président, quelle est votre réaction à la mise en indisponibilité des arbitres de Ligue, visiblement très suivie (environ 95 % d’entre eux auraient envoyé un mail hier) ?
Je vais juste dire que c’est polémique sur polémique, et que c’est téléguidé par certains dirigeants de l’arbitrage. Ils ont déjà dit suffisamment de fois qu’ils avaient porté plainte au civil contre Daniel Bourlier pour propos diffamatoires, et maintenant, ils continuent en se mettant en grève. Car pour moi, c’est une grève, ni plus ni moins. Ils pénalisent ainsi les clubs, et vont mettre à mal nos compétitions. Ce n’est pas normal que les clubs subissent tout ça, et là, franchement, je pense à eux.
Certains arbitres regrettent également de ne pas être conviés à la table ronde du 4 février prochain…
Mais nous avons invité les présidents de la CRA et des CDA, donc tous les responsables de l’arbitrage en Franche-Comté seront là ! Par ailleurs, cette table ronde, je m’étais engagé à l’organiser, et elle se tiendra, comme prévu… Et si je l’ai provoquée, c’est pour faire avancer les choses. Je n’en ai rien à faire qu’ils s’en prennent à moi, mais là, c’est nos clubs qui en paient les conséquences. Ils sont en train de se tromper de cible.
Comprenez-vous tout de même leur colère ?
Ils se sont jetés sur le mot escroquerie… Vous savez, je rentre d’un séminaire de présidents de Ligue à Rennes, et partout, on rencontre le problème des frais remboursés individuellement malgré le covoiturage. Il y a eu un laisser-aller de tout le monde à ce niveau-là.
Selon vous, pourquoi cette histoire prend-elle autant d’ampleur ?
Je n’affirme rien, mais je me demande tout de même si cela ne cache pas quelque chose (NDLR : cette année, un nouveau président de la Ligue de Franche-Comté sera élu). Je ne veux pas en dire plus, mais l’avenir me dira si j’ai raison. En attendant, j’espère qu’on sortira de cette crise par la grande porte.